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Lundi,  14 septembre 2026   23:39
Le lac Ontario rebaptisé: une conseillère tourne le dos aux États-Unis
[Unsplash / Photo d’archives]

Pour la conseillère en voyages ontarienne Judith Coates, la dernière décision du président américain Donald Trump concernant le Canada a été « la goutte de trop ».

La propriétaire de Wired for Travel, également connue pour son engagement auprès de la communauté canadienne des conseillers en voyages, affirme qu’elle ne vendra plus activement les États-Unis après la signature, le jeudi 27 août, d’un décret ordonnant aux organismes fédéraux américains de rebaptiser le lac Ontario « lac America ».

« Je ne me mêle généralement pas de politique américaine, mais cette nouvelle a été la goutte de trop pour moi », a déclaré Judith Coates à PAX.

Judith Coate, propriétaire de Wired for Travel. [LinkedIn]


Une invitation à Miami déclinée

La conseillère a notamment refusé une invitation au WTE Miami, un salon du voyage et du tourisme qui se tiendra en octobre au Miami Beach Convention Center. Et plutôt que de simplement décliner l’invitation, elle a expliqué sa décision aux organisateurs.

« Je reçois fréquemment des invitations d’offices de tourisme américains pour participer à des congrès, à des séminaires et à des événements. Je sais qu’ils doivent travailler très fort pour obtenir les affaires des Canadiens », a-t-elle indiqué.

Dans son courriel, transmis en copie à plusieurs dirigeants du Greater Miami Convention & Visitors Bureau (GMCVB), elle a écrit :

« Aujourd’hui, le président de votre pays a signé un décret changeant le nom du lac Ontario pour lac America. Je ne crois pas qu’il comprenne les répercussions que cela aura sur le tourisme réceptif de la Floride et d’autres États traditionnellement fréquentés par les Canadiens. »

Elle a précisé que la majorité des Canadiens qui voyagent en Floride, notamment ceux qui embarquent pour une croisière à Miami ou à Fort Lauderdale, vivent dans un rayon de 300 kilomètres du lac Ontario.


Des clients veulent éviter les ports de Floride

Spécialisée dans les croisières haut de gamme et de luxe, Judith Coates affirme que les tensions politiques influencent déjà les discussions sur les dépenses de voyage. Elle dit avoir reçu des appels de clients lui demandant s’ils pouvaient remplacer leur croisière par une autre ne partant pas de Miami ou de Fort Lauderdale. Elle exhorte les organismes américains de promotion touristique à faire entendre leur voix à Washington.

« J’espère que le GMCVB et les autres offices de tourisme auront la clairvoyance nécessaire pour faire pression sur le gouvernement américain afin qu’il mette fin à ces tactiques ridicules, qui ne feront que nuire à votre économie », a-t-elle écrit.

Soulignant que les voyageurs canadiens disposent de nombreuses autres possibilités, elle a cité le Portugal, qui devient selon elle une destination prisée pour les longs séjours hivernaux.

« Malheureusement, les États-Unis figurent maintenant sur ma liste des destinations à ne pas vendre, du moins jusqu’à ce que votre président soit maîtrisé », a-t-elle conclu.


Miami réaffirme son engagement au Canada

Le GMCVB doit tenir un événement à Toronto le 10 septembre avec plusieurs partenaires hôteliers de Miami. Interrogé par PAX sur les éventuelles répercussions du décret et sur la position adoptée par certains conseillers canadiens, son président-directeur général, David Whitaker, a réaffirmé l’importance du marché canadien.

« Le Canada demeure un marché clé pour le Grand Miami et Miami Beach, et nous sommes déterminés à maintenir de solides relations avec les voyageurs canadiens et les partenaires de l’industrie. Notre prochain événement à Toronto témoigne de cet engagement en réunissant des partenaires de Miami et des conseillers en voyages canadiens afin de présenter des nouveautés, de discuter de nouvelles occasions et de continuer à développer les relations d’affaires », a-t-il déclaré.

Il a ajouté que l’organisme n’avait aucun commentaire précis à formuler sur la récente nouvelle, mais qu’il demeurait concentré sur l’accueil des Canadiens et le renforcement de ses partenariats dans le marché.


Le décret sur le « lac America »

Le décret signé par Donald Trump ordonne au Département de l’Intérieur des États-Unis, en coordination avec le U.S. Board on Geographic Names, de modifier dans un délai de 30 jours le système fédéral d’information sur les noms géographiques ainsi que les références gouvernementales américaines au lac.

Cette décision n’oblige pas le Canada à adopter le nouveau nom.

Plus tôt durant sa présidence, Donald Trump avait déjà ordonné au gouvernement américain d’utiliser l’appellation « golfe d’Amérique » pour désigner le golfe du Mexique.

Le premier ministre canadien Mark Carney a réagi sur X en rappelant que le nom du lac Ontario remonte à plus de 400 ans et précède tant la Confédération canadienne que la Déclaration d’indépendance américaine. Il a rappelé qu’il s’agit d’un mot wendat signifiant « le lac est beau, le lac est grand ».

« Les Canadiens savent aussi que nommer la réalité signifie l’appeler lac Ontario — hier, aujourd’hui et toujours », a-t-il écrit.

Le lac Ontario. [Unsplash]


Un nouveau recul possible des voyages transfrontaliers

Le décret survient dans un contexte de nouvelle détérioration des relations canado-américaines. Les États-Unis ont récemment imposé des droits de douane de 50 % sur 20 milliards de dollars de produits canadiens après l’échec des négociations commerciales, auxquels le Canada a répondu par des tarifs visant 20 milliards de dollars de produits américains.

Les tensions ont déjà pesé sur le tourisme transfrontalier : selon Statistique Canada, le nombre de résidents canadiens revenant d’un voyage aux États-Unis a diminué de 25,4 % en 2025 par rapport à 2024.

Une reprise graduelle semblait toutefois s’amorcer en 2026, avec des hausses annuelles de 1,8 % en avril, de 3,2 % en juin et de 10,2 % en juillet, bien que les volumes demeurent inférieurs à ceux de 2024. En juin, les retours en automobile avaient augmenté de 5,2 %, tandis que ceux par avion avaient reculé de 3,8 %.

Des professionnels du secteur craignent maintenant que les dernières décisions de Donald Trump ne freinent cette reprise.


Rester à l’écoute des clients

Pour sa part, Jane Clementino, vice-présidente principale et directrice générale de TRAVELSAVERS Canada, a indiqué à Pax News que l’incertitude politique et économique incite les Canadiens à réfléchir davantage à la destination de leurs dépenses de vacances. Elle juge toutefois qu’il est encore trop tôt pour prévoir les répercussions des derniers développements.

Jane Clementino, vice-présidente principale et directrice générale de TRAVELSAVERS Canada. [Pax Global Media / Photo d’archives]

« La situation actuelle pourrait être différente dans une semaine ou deux, puisque les discussions continuent d’évoluer et que les circonstances peuvent changer rapidement », a-t-elle déclaré.

Mme Clementino ne constate par ailleurs aucun abandon généralisé des voyages. Selon elle, les réservations ont rebondi au troisième trimestre, les ventes dépassent maintenant celles de la même période l’an dernier et les voyages de 2027 se vendent bien.

Elle avance que certains clients qui choisissaient auparavant spontanément les États-Unis pourraient maintenant envisager le Canada, l’Europe, les Caraïbes, le Mexique ou d’autres possibilités.

« La priorité des conseillers consiste à rester près de leurs clients, à comprendre leurs besoins et à les aider à prendre des décisions éclairées tandis que le marché continue d’évoluer. À mesure que les voyages deviennent plus complexes, cette expertise et cet accompagnement personnalisé prennent encore plus de valeur », a-t-elle conclu.



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