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Samedi,  17 octobre 2026   18:06
Contrôles frontaliers: l’Europe assouplirait le déploiement de l’EES dans neuf pays
[Ivan Marc/Shutterstock]

L’Union européenne (UE) aurait assoupli le déploiement de son système d’entrée et de sortie (EES) dans au moins neuf pays de l’espace Schengen, en raison de préoccupations persistantes concernant la congestion aux frontières et les problèmes techniques.

Selon le Sunday Times, la France, la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Grèce, Malte, le Portugal, l’Italie et la Suisse auraient reçu le feu vert pour retarder la mise en œuvre complète de l’EES afin de « maintenir la fluidité aux frontières ».

Cette décision constituerait le plus récent ajustement apporté au système biométrique européen, longtemps retardé. Celui-ci oblige les voyageurs provenant de pays non membres de l’UE, notamment les Canadiens, à fournir leurs empreintes digitales et une image faciale lorsqu’ils franchissent les frontières extérieures de l’espace Schengen.


Une mise en œuvre progressive

Après plusieurs reports, le déploiement progressif de l’EES a commencé en octobre 2025. Sa mise en œuvre complète était initialement prévue pour avril 2026.

Les inquiétudes concernant des problèmes informatiques et la possibilité de longues files d’attente avaient toutefois conduit les autorités à instaurer une période de grâce de 150 jours. Celle-ci permettait aux pays de suspendre temporairement certains contrôles afin d’éviter des perturbations majeures aux frontières.

Cette flexibilité a pris fin le 6 septembre. Les responsables européens avaient auparavant indiqué que les mesures offertes pendant l’été ne seraient pas prolongées.

Le Sunday Times rapporte néanmoins qu’au moins neuf pays de l’espace Schengen ont informé la Commission européenne qu’ils n’étaient pas prêts à appliquer pleinement les nouveaux contrôles tant que les technologies et les systèmes nécessaires ne fonctionneraient pas correctement.

Bruxelles leur aurait par la suite accordé une autorisation informelle de retarder l’application complète du système. Contrairement à la période de grâce précédente, ce nouvel arrangement n’aurait pas de date d’expiration déterminée. La Commission européenne a refusé de commenter ces informations.


Des pressions de l’industrie

Ce changement rapporté survient alors que les compagnies aériennes, les aéroports et les ports multiplient les pressions concernant les répercussions possibles de l’EES sur le traitement des passagers.

Ryanair a demandé à l’UE de prolonger jusqu’en avril 2027 la possibilité de suspendre l’EES. L’Association du transport aérien international (IATA) a également prévenu que l’absence de solutions aux problèmes de mise en œuvre pourrait entraîner d’importantes conséquences.

Le gouvernement britannique a lui aussi exercé des pressions. Durant la période de déploiement progressif, la Grèce avait notamment suspendu jusqu’en septembre les contrôles de l’EES visant les visiteurs britanniques afin de réduire la congestion pendant la haute saison estivale.


Le WTTC craint des répercussions sur le tourisme

Ce développement survient après la publication, en juin, d’une étude du Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC) selon laquelle les retards prolongés aux frontières attribuables à l’EES pourraient avoir d’importantes conséquences sur le tourisme européen.

L’étude, menée auprès de plus de 2500 voyageurs du Royaume-Uni, des États-Unis, du Canada et de l’Australie, indique que de longues attentes pourraient inciter des millions de personnes à éviter l’espace Schengen.

Si les voyageurs devaient régulièrement attendre de trois à quatre heures aux frontières, environ le tiers des répondants seraient beaucoup moins susceptibles de visiter la région ou choisiraient une autre destination.

En appliquant ces résultats aux volumes de visiteurs prévus en 2026, le WTTC estime que jusqu’à 41 millions d’arrivées et 45,4 G$ en dépenses touristiques pourraient être menacées.

« L’instauration de l’EES constitue une étape importante dans la modernisation des frontières européennes et le renforcement de la sécurité », déclarait alors Gloria Guevara, présidente et cheffe de la direction du WTTC.

« Nos recherches montrent clairement que les voyageurs appuient les systèmes frontaliers numériques et biométriques et qu’ils comprennent les avantages à long terme qu’ils peuvent procurer », ajoutait-elle.

Selon Gloria Guevara, le défi consiste désormais à assurer une mise en œuvre aussi fluide que possible grâce à la collaboration des gouvernements, des autorités frontalières et du secteur du voyage et du tourisme.

« En utilisant davantage les outils numériques de préenregistrement, en améliorant les communications avec les voyageurs et en veillant à ce que les points de passage frontaliers soient prêts sur le plan opérationnel, l’Europe peut réduire les irritants et offrir l’expérience fluide à laquelle les voyageurs s’attendent », soulignait-elle.


Un soutien élevé, mais une faible sensibilisation

Malgré les préoccupations entourant son déploiement, l’étude du WTTC indique que les voyageurs appuient généralement le principe de l’EES.

Après avoir obtenu davantage d’information sur le système, 65 % des répondants se sont dits favorables à son utilisation, tandis que seulement 6 % s’opposaient fermement aux contrôles frontaliers biométriques.

Parmi les avantages évoqués, 57 % des répondants ont mentionné le renforcement de la sécurité aux frontières, 52 % la possibilité d’un traitement plus rapide lors de futurs voyages et 43 % une confiance accrue envers les contrôles frontaliers.

La sensibilisation demeure toutefois limitée : 55 % des voyageurs interrogés avaient peu ou pas entendu parler de l’EES, tandis que 49 % ignoraient ce qui leur serait demandé à leur entrée ou à leur sortie de l’espace Schengen.



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