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La fièvre Ebola contamine l’industrie


La fièvre Ebola contamine l’industrie

Eric Beaumier, président de Voyages Lambert«Dans notre industrie, le mot «Afrique» est devenu un gros mot», déplore Éric Beaumier, président de Voyages Lambert. «J’ai l’impression que la psychose engendrée par le virus de la fièvre Ebola surpasse, en ampleur, celle que nous avons connue lors de la crise du SRAS, en 2003.» Jeudi dernier à Edmonton, un pilote d’Air Canada refusait de laisser charger en soute un échantillon de sang qui devait être acheminé à Winnipeg pour analyse. Motif : il émanait d’un patient soupçonné d’être infecté. Et le même jour, les agents de bord du transporteur faisaient savoir qu’ils voulaient désormais qu’on leur fournisse des gants pour travailler. La nouvelle peste bactérienne contamine sérieusement l’industrie du voyage et celle du transport aérien.

On peut, sans hésiter, parler de panique. Le 17 octobre, cinq passagers du vol Emirates 237 ont été interceptés dès l’atterrissage à l’aéroport Logan de Boston et transportés d’urgence vers deux hôpitaux de la ville. Deux d’entre eux avaient de la fièvre et les trois autres, présentaient des symptômes associés au rhume. Le fait est qu’ils souffraient effectivement d’un rhume tout ce qu’il y a de banal.

Les fausses alertes sont devenues la norme. Le 16 octobre, un passager d’Air France était pris de tremblements pendant un vol reliant Paris à Madrid. Dès l’atterrissage de l’appareil, les autorités ont déclenché le protocole d’urgence et, «en vertu du principe de précaution», l’avion a été entièrement désinfecté dans la nuit du 16 au 17 octobre.

Une laborantine du Texas Presbyterian Hospital, où a été traité Thomas Eric Duncan, seule victime du virus décédée aux États-Unis, a été mise en quarantaine avec son mari à bord du Carnival Magic, sur lequel ils avaient embarqué le 12 octobre pour une croisière d’une semaine. Au Belize, les autorités ont refusé de la laisser débarquer pour qu’elle soit rapatriée aux États-Unis par avion. Finalement, le navire est revenu à son port d’attache de Galveston, le 19 octobre. Une équipe sanitaire est montée à bord avant l’aube et, après avoir fait une prise de sang, a décrété que la laborantine et son mari n’étaient pas infectés. Le débarquement des passagers s’est fait normalement.

L’industrie du voyage est affectée partout dans le monde et le Québec ne fait pas exception. La demande pour les circuits en Afrique en pâti sérieusement. «L’Afrique du Sud se trouve à 3 000 kilomètres des pays infectés, mais cela n’empêche pas que certains clients réservés sur des circuits là-bas nous demandent d’annuler», déplore Carole Mercier, de Voyages Cassis. «Bien sûr, nous refusons de les rembourser s’ils annulent. Il y a pas de cas détecté en Afrique du Sud, ni dans les pays voisins, et là-bas, les fournisseurs ne nous rembourseront pas, puisqu’il n’y a aucun danger.»

Jérôme NocquetChez Passion Monde, Jérôme Nocquet constate que l’inquiétude génère un flux d’appels inhabituel. «Nous avons plusieurs départs pour l’Afrique prévus au cours des prochaines semaines et les gens appellent pour nous demander s’il y a du danger, dit-il. Nous nous employons à les rassurer. Et il n’y a pas d’annulation, parce que ces circuits étaient réservés et payés depuis longtemps. Quant aux départs de l’hiver prochain, c’est difficile

d’évaluer l’impact que la nouvelle phobie aura sur eux. Nous avons des réservations, mais j’imagine qu’il y en aurait davantage sans la frénésie créée autour d’Ébola. La semaine dernière, lors d’une présentation publique sur un circuit au Japon, une personne de l’assistance m’a même demandé si l’Ébola sévissait là-bas.»

Malheureusement, le consommateur moyen ne maîtrise guère les notions élémentaires de géographie. «Lorsqu’il est question de l’Afrique, les clients ne font pas vraiment la différence entre le Nord, le Sud, l’est et l’Ouest», observe Claude St-Pierre, président de Tours Chanteclerc. «Nous vendons l’Afrique de l’Est et l’Afrique du Sud, qui ne sont pas du tout affectées et il est certain que la peur du virus a un impact sur la demande. Heureusement, il n’est pas encore trop significatif.»

La confusion géographique ne va pas jusqu’à freiner la demande pour les pays du Maghreb. «Bien sûr, la demande pour la Tunisie est stagnante, dit Claude St-Pierre, mais c’est dû à un autre type de fièvre : celle consécutive au printemps arabe. Le Maroc se vend normalement et on ne nous pose pas de question sur Ébola pour cette destination.»

Claude St-Pierre, président de Tours ChanteclercMême  clientèle des agences dite «d’aventure», pourtant habituellement moins timorée que celle des agences traditionnelles, est gagnée par la méfiance. «Même si l’épidémie bénéficiait déjà d’une bonne couverture médiatique, l’automne a été une bonne saison pour l’Afrique, chez nous», note Julien Passerini, chez Explorateur. «Il y a eu quelques téléphones de gens inquiets, mais une seule annulation : une personne qui devait aller en Namibie et qui a changé pour un de nos groupes en Asie. Mais j’ai l’impression que la psychose s’est installée depuis qu’on a enregistré des cas aux États-Unis. Je soupçonne que la demande pour l’Afrique sera moins importante, cet hiver.»

La panique fait des victimes canines

Les agents de voyages ne sont pas les seules victimes collatérales de la pandémie. Ainsi, Excalibur, le chien de l’aide-soignante madrilène infectée par le virus après avoir soigné deux missionnaires de retour d’Afrique, en septembre, est devenu l’animal le plus célèbre d’Europe, lorsque les autorités espagnoles eurent décrété qu’il devait être euthanasié. Ce qui fut fait, malgré la vive opposition des organismes de défense des animaux du monde entier. Ceux-ci avaient même mis en ligne sur le site Change.org une pétition qui a récolté 408 874 signatures de personnes s’opposant à l’euthanasie de l’animal. Des centaines de manifestants brandissant des pancartes affublées de l’inscription «Excalibur, the world is with you» ont mis le siège devant le domicile de l’aide-soignante pour empêcher les préposés au fourgon-vétérinaire de s’emparer de l’animal. En vain, parce que la police s’est interposée. Le canidé a accédé au statut de martyr pour bien des gens.

Au Texas, les organisations de défenses des animaux ont mobilisé leurs ressources pour éviter que le chien de compagnie de l’aide-soignante infectée ne subisse le même sort. Le maire de Dallas, Mike Rawlings a du intervenir pour calmer le jeu. Il a affirmé au quotidien USA Today que l’animal aurait la vie sauve.

Le bilan ce weekend

Selon les dernières données, publiées samedi par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le virus Ébola avait contaminé 9 216 personnes et fait 4 555 morts, dans sept pays, mais principalement au Libéria, en Sierra Leone et en Guinée. Le Sénégal, où un cas avait été détecté n’est plus considéré comme un pays touché depuis la guérison du patient contaminé, officialisée vendredi. Et l’OMS a retiré hier le Nigéria (20 cas dont 8 décès) de la liste des pays infectés. Les deux autres pays où on a rapporté des cas sont l’Espagne et les États-Unis.

 

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