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Agent de voyages ou politicienne?
Le 5 novembre dernier, Julie Gauthier, propriétaire d’une agence Vasco, était élue conseillère municipale dans le 5e district de la ville de La Prairie, sur la Rive-sud de Montréal. Cela, un mois à peine après être devenue présidente du voyagiste Premium Tours. Elle n’était pas le seul membre de l’industrie du voyage à se présenter aux élections municipales, mais elle est seule à avoir été élue. PAXnouvelles.com lui a demandé si le métier d’agent de voyages était compatible avec celui de politicienne.
Vous avez été élue conseillère municipale le 5 novembre : les résultats ont-ils étés serrés?
Je me présentais sous la bannière du maire sortant, l’Équipe Donat Serres, qui a raflé, non seulement la mairie, mais aussi les huit sièges de conseillers de notre ville qui compte près de 25 000 habitants. C’est dans mon district que la lutte a été la plus chaude: je l’ai emporté par 53 voix. Mon adversaire, qui se présentait pour l’Équipe Barbara Joannette, a récolté 430 voix et j’en ai eu 483. Il y a eu neuf bulletins rejetés.
Avez-vous consacré beaucoup de temps à faire campagne?
Pendant le mois qui a précédé l’élection, j’ai passé presque toutes mes soirées sur le terrain. J’ai visité toutes les maisons unifamiliales et frappé à toutes les portes dotées d’une adresse civique dans mon district, sauf celle de Mme Joannette, qui dirigeait l’équipe adverse et sauf les immeubles à condos, où il est plus difficile de rentrer. Lorsque je tombais sur des clients, je n’insistais pas, car j’estime qu’il ne faut pas mêler la politique aux affaires. Mais la plupart m’encourageaient sans que je ne leur demande rien.
Qu’est-ce qui vous a décidée à briguer les suffrages dans une élection municipale?
Mon agence est située sur le boulevard Taschereau, qui est une des deux principales artères commerciales de La Prairie. Or l’environnement commercial se dégrade : plusieurs commerces, dont des petits cafés, ont fermé leurs portes. La raison principale est la pénurie de stationnement : il s’agit d’une vieille artère tracée au moment où il y avait beaucoup moins de voitures et elle est trop étroite pour réserver une voie où se garer. Ce n’est pas un problème qui me touchait directement en tant que propriétaire d’une agence de voyages, puisqu’une bonne partie de notre clientèle est fidélisée et que, de nos jours, le magasinage se fait essentiellement au téléphone et sur le Web. Mais, en tant que citoyenne, ça me fait mal de voir tous ces locaux vides dans l’environnement où je passe la majeure partie de mes journées. Or le golf de La Prairie qui se trouvait juste à proximité a été vendu récemment et racheté par des promoteurs qui, avec l’appui de la mairie, l’ont fait désigner « aire TOD » par la Communauté métropolitaine de Montréal. Les aires TOD sont des zones de développement à moyenne densité bien desservies par l’Agence Métropolitaine des Transports (AMT). L’objectif est d’attirer une forte proportion de jeunes ménages qui y bénéficieront d’un accès au réseau de transport en commun métropolitain. Ce qui leur permettra, notamment de rejoindre rapidement le centre-ville de Montréal en bus, sans aggraver la congestion routière. Cela, tout en y aménageant des zones vertes : ainsi, 24% de l’ancien golf sera zoné « vert » et on y prévoit des pistes cyclables et un parc linéaire. J’estimais que c’était un projet de développement idéal pour revitaliser le quartier. L’équipe adverse voulait conserver le golf en l’état, ce qui me semblait irréaliste, d’une part, parce que son exploitation était déficitaire depuis des années, d’autre part parce qu’il était vendu et que les acheteurs l’avaient déjà fait désigner « aire TOD » par l’AMT. Je connaissais le maire sortant, Donat Serres, qui m’avait invitée à venir assister aux séances publiques du conseil. Et de fil en aiguille, j’ai proposé ma candidature et j’ai été élue.

N’est-ce pas un peu ennuyeux, des séances du conseil municipal?
Pas du tout. Il faut dire que j’ai été plongée dedans dès ma tendre enfance. Mon père était directeur des Travaux publics à la ville de Candiac. À la maison, on ne parlait que de ça, pendant le souper. En constatant la dégradation de certaines parties de la ville, j’ai eu envie de m’impliquer à mon tour. Il est vrai qu’en général, les gens s’intéressent peu aux affaires municipales : à La Prairie, le taux de participation n’a pas excédé 40%. Pourtant c’est le palier de gouvernement où les décisions ont l’impact le plus immédiat sur la vie des citoyens : ce qu’on appelle un « gouvernement de proximité ».
Selon vous, pensez-vous être le seul membre de l’industrie à s’être présentée aux élections municipales?
Non. À ma connaissance, il y a eu Nathalie Pelletier, de Vasco St-Eustache, mais elle n’a pas été élue. Il y a eu aussi Mary Deros, à la Ville de Montréal, qui est une ancienne de Tours Maison.
(NDLR : Mary Deros, qui a occupé le poste de directrice régionale des ventes de Tours Maison de 1974 à 1998, a été élue conseillère municipale de la ville de Montréal en 1998 et, dix ans plus tard, elle accédait au Comité exécutif, où elle a notamment piloté le dossier de l’urbanisme. De 2014 à 2017, elle a occupé le poste de maire-suppléant, ce qui lui aurait valu de remplacer Denis Coderre à la mairie, si celui-ci avait été empêché d’assumer ses fonctions, en cas de maladie, par exemple. Le 5 novembre, elle a été réélue conseillère dans le district Villeray-Ville Saint-Michel- Parc Extension, sous la bannière de l’Équipe Denis Coderre, mais ne siège plus au comité exécutif de la ville).
Allez-vous trouver le temps d’assumer vos fonctions de conseillère, alors que vous gérez déjà une agence et que vous êtes présidente d’une grossiste?
La conseillère municipale que j’ai remplacée prenait sa retraite. Avant de prendre la décision de me présenter, je lui ai demandé combien d’heures par semaine elle consacrait à sa tâche. Elle m’a répondu qu’il fallait prévoir une dizaine d’heures et, jusqu’à présent, c’est-à-peu près ça. Mes deux garçons, qui ont respectivement 15 et 19 ans, sont devenus assez autonomes pour que je consacre quelques soirées par semaine à la politique. Quant à Premium Tours, je suis devenue présidente à la suite du retrait de Martin Verville qui s’est attaqué à un nouveau défi, tout en continuant à exploiter son agence à Victoriaville. Mais c’est déjà une fonction que j’exerçais de facto depuis plusieurs mois : je m’occupais du marketing de Premium, en supervisant notamment la préparation des brochures et la mise en marché. Je passais tous mes lundis dans les locaux de Premier et c’est encore ce que je fais, depuis que j’ai accepté la présidence, au début du mois d’octobre.
Combien d’employés y a-t-il chez Premium Tours?
Il y a six employés à temps plein et une à temps partiel. Je ne suis pas seule à assurer la gestion du grossiste, puisque Premium est une coopérative qui compte 24 actionnaires qui sont majoritairement des propriétaires d’agences. Il y a quelques conseillers actionnaires. Beaucoup de ces gens-là donnent aussi un coup de main. L’entreprise progresse bien. Nous comptons maintenant parmi nos clients 450 agences qui viennent de tous les réseaux.
Et votre agence à La Prairie?
Chez Vasco La Prairie, nous sommes deux à temps plein (ou presque plein, dans mon cas) et une troisième personne travaille à temps partiel. Je cherche à recruter une autre conseillère à temps plein pour nous aider à crever le plafond des 3 millions $ de chiffre d’affaires. Depuis deux ans, notre volume de ventes se chiffre à près de 3 millions $, mais je réalise que pour dépasser ce palier et continuer à progresser, nous avons besoin d’une autre conseillère à temps plein, d’autant plus que notre agente à temps partiel va bientôt accoucher.
Depuis combien de temps êtes-vous active dans l’industrie du voyage?
Depuis que je suis sur le marché du travail. J’ai fait mes débuts aux réservations chez Tours Maison en 1994. Ma patronne, là-bas, était Lyne St-Jean, aujourd’hui chez Carnival. Je parlais très peu l’anglais à l’époque et elle avait décidé d’y remédier en m’affectant aux appels en provenance des Maritimes. J’étais donc forcée de parler anglais. Lyne m’écoutait sur la ligne et à la fin de l’appel, elle me reprenait sur la prononciation et le vocabulaire : « On ne dit pas « voucher », on dit « vowchèr ». Nous en rions, aujourd’hui, quand nous nous croisons. Grâce à elle je parle un anglais passable. Après Tours Maison, j’ai travaillé chez Jonview. C’était avant le rachat par Transat. Je travaillais notamment avec David Boigné, qui vient de quitter la direction d’Exotik Tours. J’ai aussi fait un passage chez Bonjour Québec, la centrale de réservation lancée par Tourisme Québec. Quand mon fils cadet est entré à l’école, en 2008, j’ai décidé d’ouvrir mon agence. Je voulais une bannière, notamment, pour bénéficier d’un support marketing, car je tenais à me consacrer aux ventes et à la gestion. J’ai « magasiné » et mon choix s’est fixé sur Vasco. J’aimais leur vision et je ne l’ai jamais regretté.