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Le Club Med veut faire de Charlevoix une grande destination internationale
«Un Club Med chez nous, cela veut dire un rayonnement international pour le Massif et pour Charlevoix», lançait Daniel Gauthier, président du conseil du Groupe Le Massif, dans le cadre de la conférence de presse convoquée à Québec pour annoncer que le Club exploitera dès 2020 un hôtel de 300 chambres au pied de la montagne présentant le plus fort dénivelé dans l’Est du Canada.
Xavier Mufraggi, président de Club Med Amérique du Nord estimait que la clientèle sera composée à 60% de Nord-américains en hiver et de 60% de clients «de l’international», en été, ce qui devrait se traduire par une hausse de 6% de l’achalandage à l’aéroport de Québec, où le trafic actuel se chiffre à environ 1,6 million de passagers.

«Car notre village de Charlevoix sera un village quatre saisons», précisait Xavier Mufraggi. «On viendra de partout dans le monde, non seulement pour la neige, mais aussi, en été pour les baleines à Tadoussac, pour le fjord du Saguenay, pour la proximité de Québec et pour l’expérience Club Med.».
Pour étayer cette conviction, les promoteurs du projet n’ont pas manqué d’évoquer le cas de Cancun, où «il n’y avait rien, quand le Club y a implanté un village au début des années soixante-dix».
Les travaux de construction du complexe hôtelier débuteront au printemps 2018 et le Club devrait y accueillir ses premiers clients en 2020.
La propriété de 300 chambres, pour un total de 850 lits, sera classée «4 Tridents», mais comprendra un espace «5 Tridents», comme c’est le cas dans la plupart des nouveaux villages du pionnier des vacances «tout inclus».
Daniel Gauthier, président du conseil du Groupe Le Massif
Xavier Muffragi n’a pas manqué de signaler que les 24 villages de neige que le Club exploite actuellement dans les Alpes et en Asie affichent des taux d’occupation de l’ordre de 90 à 95% pendant la saison hivernale. Mais les projections pour le nouveau complexe, qui sera opérationnel 300 jours par an, sont un peu plus modestes : 85% en hiver et 70% en été.
Les prévisions font état de 50 000 clients par an pour un total de 210 000 journées hôtelières vendues. L’organisation privilégiera la vente de forfaits à la semaine. «Mais selon les périodes de l’année et l’état des réservations, nous accepterons aussi des demandes à la journée émanant de la clientèle locale (i.e. : lire «québécoise») désireuse de venir passer un weekend ou effectuer des séjours plus courts», observait le président de Club Med Amérique du Nord. «Nous serons flexibles.»
Le projet semble susciter un grand intérêt dans les marchés américains de proximité, notamment à New York. Actuellement, cela poserait un problème de liaison : Delta vient d’annuler sa liaison quotidienne entre New York et Québec, qui sera, à 1h30 de route, l’aéroport d’entrée du complexe.
Mais l’implantation du Club et l’effet d’attraction qu’il aura sur d’autres promoteurs hôteliers devrait se traduire par un regain d’intérêt de la part des transporteurs. « L’été, il y a déjà une bonne desserte aérienne entre la France et Québec et les Français constitueront la principale clientèle internationale pendant cette saison. En ce qui concerne les États-Unis, les compagnies aériennes attendaient l’annonce de l’officialisation du projet pour réfléchir à des plans de transport avec nous.»
Le président de Club Med Amérique du Nord a également évoqué la clientèle sud-américaine et notamment celle des Brésil, où 70% des skieurs qui fréquentent les Alpes y séjournent dans un village de neige du Club.
Le Club y emploiera 325 personnes sur le site et on estime que les opérations génèreront 400 emplois indirects auprès des divers prestataires de services locaux, puisque les dépenses annuelles d’opérations sont évaluées à 45 millions $. Quelques 700 emplois seront aussi créés pendant la phase de construction.
L’importance pour le Massif
Ce projet fera plus que doubler la capacité d’hébergement disponible sur le site, où on retrouve quelques dizaines de chalets et «maisons-forêt», tantôt au sommet, tantôt à la base des pistes. Le groupe HJ2, qui est lié au Groupe Germain, construit actuellement 42 chalets supplémentaires au sommet de la montagne, entre le stationnement et une des remontées.
«Nous sommes également en négociation avec trois autres promoteurs», indiquait Claude Choquette, président du Groupe Le Massif. Mais même en comptant les 300 unités du Club Med, on sera encore loin de la capacité totale de 1250 unités sur le site prévue par le plan de développement initial.
L’arrivée d’un Club Med devrait stimuler une demande de la part d’autres promoteurs. «L’arrivée du Club Med positionne le Massif de Charlevoix parmi les grandes destinations de villégiature internationale», estimait Daniel Gauthier, principal actionnaire du Massif de Petite-Rivières-St-François (avec Investissement Québec, qui détient 29% des actions), qui est aussi cofondateur et ancien président du Cirque du Soleil.
Le Massif vend actuellement 185 000 journées de ski par an et le Club Med s’engage à lui acheter 75 000 jours/ski de plus.
Avec une dénivelée de 770 mètres la station de ski présente la plus haute dénivellation de l’Est du Canada et la seconde plus haute dans l’Est de l’Amérique du Nord (derrière Whiteface Mountain, dans l’État de New York).
Le domaine skiable de 165 hectares (406 acres) est desservi par cinq remontées, dont une télécabine, pour une capacité de 10 060 skieurs à l’heure. Il reçoit, en moyenne, 6,4 mètres de neige par an et les promoteurs peuvent compter sur 391 canons à neige, au besoin.
Le financement
Le nombre de représentants des médias qui se pressaient à la conférence de presse, qui s’est tenue hier midi dans le foyer de l’édifice abritant le siège-social du Groupe Le Massif, sur le boulevard Laurier à Québec, témoignait de l’importance de cette annonce dans la région de Québec.
L’ancien champion du monde et champion olympique en ski acrobatique, Jean-Luc Brassard, qui déjà siégé au conseil d’administration du Massif, agissait comme maître de cérémonie.
Parmi les «officiels» présents, on notait la présence du maire de Québec, Régis Labeaume («Le maire de Québec est heureux, parce que vous serez situés à une heure de route du centre-ville», lançait-il!), plusieurs ministres et députés, parmi lesquels Jean-Yves Duclos, ministre fédéral de la Famille et du développement social, et Dominique Anglade, vice-première ministre et ministre de l’Économie du Québec. Malheureusement, la période de questions a été surtout axée sur les modalités du financement du projet, plutôt que sur les perspectives de retombées touristiques et les différents aspects de l’exploitation.
Cette préoccupation tenait au fait que le gouvernement du Québec a déjà investit plusieurs millions pour soutenir le développement touristique de la région (Investissement Québec détient 29% des actions du Groupe Le Massif) et essuyé des pertes, notamment avec le Train de Charlevoix (65 millions $) pour lequel les résultats ne sont pas à la hauteur des ambitions.
Régis Labeaume, maire de Québec.
Les journalistes qui mobilisaient le micro voulaient savoir si les deux paliers de gouvernement participant au montage financier n’allaient pas gaspiller les fonds publics en «subventionnant» le Club Med et le Groupe Le Massif.
Les coûts du projet sont chiffrés à 120 millions $, soit 110 millions pour la construction du complexe hôtelier au bas des pentes et 10 millions $ de plus en aménagements sur la montagne pour répondre aux exigences de «l’expérience Club Med».
De cette somme, 84 millions $ seront investis par un consortium privé regroupant le Club Med, Daniel Gauthier, son ancien associé et cofondateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté par l’entremise de sa firme Lune Rouge, le Groupe Germain (qui exploite déjà l’hôtel Germain Charlevoix, dans la ville voisine de Baie St-Paul), et Pierre Thabet, un entrepreneur de la Beauce. Ils sont «soutenus» par la Banque Nationale et le Mouvement Desjardins. Xavier Muffragi a refusé de confirmer l’information qui circulait, voulant que l’investissement du Club Med se chiffre à 14 millions $.
«Comme c’est le cas pour la grande majorité des villages que nous exploitons, nous ne serons pas propriétaires, des installations, mais nous en serons les gestionnaires», expliquait-il. «Notre investissement prend plusieurs formes, soit la formation, les salaires, la mise en marché avec un rayonnement planétaires et autres. Dans ce cas, où nous prenons une participation directe au financement, mais c’est plutôt exceptionnel.»
Dominique Anglade, minitre de l’Économie.
Notons que le contrat de gestion du Club porte sur une période de 15 ans. Les gouvernements engagent une somme de 36,1 millions $ sous forme de prêts garantis, remboursables à dates fixes (l’échéancier n’a pas été dévoilé). Plus deus deux tiers, soit 26,3 millions proviennent de fonds de développement du gouvernement québécois (dont 5 millions $ d’un fonds de développement du ministère du Tourisme). L’apport du Fédéral se chiffrera à 9,8 millions $.
Le Club exploite actuellement 70 villages et il en ouvrira une quinzaine de plus, dont trois ou quatre villages de montagne, d’ici la fin de 2019. Il accueille annuellement 40 000 Canadien, dont 65% de Québécois et il recrute 300 G.O. québécois chaque année.
La conférence de presse était retransmise en direct dans tous les villages du Club Med à travers le monde.