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Mercredi,  17 décembre 2025   2:08
L'ACTA lance un comité pour un voyage plus inclusif: entretien avec Jérémie Lesuise
Jérémie Lesuise, conseiller en voyages chez Aéroport Voyage, fait partie du nouveau comité DEIA de l’ACTA.

L’ACTA a récemment mis sur pied un comité baptisé DEIA – pour Diversité, Équité, Inclusion et Accessibilité. Cette initiative s’inscrit dans la foulée de l’engagement de l’association envers le mouvement BlackNorth, qui vise à bâtir un Canada plus équitable.

Pour en savoir plus sur les objectifs poursuivis par ce nouveau comité, PAX s’est entretenu avec Jérémie Lesuise, conseiller chez Aéroport Voyage et seul membre québécois du comité. Son rôle : faire entendre les besoins spécifiques du marché francophone et contribuer à une vision plus inclusive du voyage à l’échelle nationale.


Jérémie Lesuise, conseiller en voyages chez Aéroport Voyage, fait partie du nouveau comité DEIA de l’ACTA. [Caroline Perron : les photographies]


PAX converse avec Jérémie Lesuise

● Pouvez-vous nous relater votre parcours dans le domaine du voyage ?

J’ai une formation d’ingénieur. J’ai complété un baccalauréat en génie industriel, que j’ai terminé en 2022. Après l’obtention de mon diplôme, j’ai travaillé environ un an et demi dans le domaine, mais je me suis rapidement rendu compte que ce n’était pas pour moi. À ce moment-là, je travaillais déjà pour l’agence Aéroport Voyage comme conseiller externe. En septembre 2023, je suis donc passé à temps plein.


● Qu’est-ce qui vous a motivé à vous impliquer dans le comité DEIA de l’ACTA ?

C’est un collègue qui m’a incité à m’impliquer, car il me voyait bien dans ce rôle. Probablement parce que je parle souvent de diversité, d’équité, d’inclusion… Mais surtout, ce qui me touche, c’est la question de l’accessibilité, qui représente une vraie priorité dans notre domaine. Les défis liés au manque d’accessibilité, notamment avec les tours opérateurs, sont particulièrement frustrants.


● Vous êtes le seul membre du Québec. Qu’est-ce que cela implique pour vous ? 

Étant le seul membre du Québec au sein d’un comité majoritairement ontarien, je me suis donné comme mission de représenter notre réalité, qui est souvent différente, que ce soit au niveau des liaisons aériennes, de la clientèle ou des tours-opérateurs.

Comme je suis encore relativement nouveau dans le domaine, j’ai voulu élargir ma perspective en recueillant les expériences de collègues du Québec. C’est pourquoi j’ai lancé un appel à témoignages sur le groupe Facebook des Professionnels du voyage. Les conseillers en voyage du Québec peuvent me faire part de leurs idées, leurs questions et leurs commentaires en m’écrivant : jeremie@aeroportvoyage.com.


● Quelles sont, selon vous, les particularités ou les défis liés à la diversité et à l’accessibilité dans le monde du voyage ?

Pour moi, l’un des grands défis, c’est le manque d’accès à des ressources claires. C’est très difficile de trouver de l’information précise sur les hôtels inclusifs ou accessibles. Lorsqu’on parle d’«hôtel inclusif», on voit au moins parfois un drapeau arc-en-ciel affiché à l’entrée. Mais en ce qui concerne l’accessibilité, c’est souvent un véritable casse-tête.


● Pouvez-vous nous en donner un exemple concret ?

J’ai eu une cliente en fauteuil roulant qui souhaitait voyager au Mexique. Deux tours opérateurs offraient le même hôtel, à prix comparable. L’un indiquait que l’hôtel était « 100 % accessible », l’autre affirmait qu’il ne l’était pas.

J’ai contacté les deux pour comprendre leurs critères d’accessibilité — impossible d’obtenir une réponse claire. Aucun ne pouvait expliquer cette contradiction ni fournir leurs critères.

Quand j’ai demandé la liste des hôtels accessibles au Mexique, l’agente a refusé de me l’envoyer par courriel, prétextant que c’était confidentiel. Elle a toutefois accepté de me la lire… j’ai donc passé près d’une heure au téléphone à tout noter manuellement. Aujourd’hui, j’ai ce document comme référence personnelle... Mais ça ne devrait pas être si compliqué !

Autre exemple : les circuits. Un circuit de 10 jours en Grèce, par exemple, est systématiquement présenté comme non accessible — et c’est accepté sans remise en question. Une personne à mobilité réduite ne peut simplement pas participer.

C’est d’autant plus incompréhensible qu’en Europe, des normes d’accessibilité existent. On sent un certain laxisme, et au final, un besoin client très clair reste complètement ignoré.


Bientôt des outils pratiques?

Jérémie Lesuise indique que le comité DEIA de l'ACTA souhaite offrir des outils pratiques, dont un répertoire d’hébergements accessibles.

L’objectif est double : sensibiliser l’industrie, mais aussi démontrer que le voyage inclusif peut devenir un véritable levier d’innovation et un avantage concurrentiel.

Pour y parvenir, le comité DEIA compte sur des collaborations externes, notamment avec des organismes à but non lucratif. Il espère également développer des formations pouvant mener à une accréditation pour les agents de voyage.

« Toutefois, ces projets restent conditionnels au soutien de partenaires, car le comité ne dispose d’aucun budget propre pour l’instant », explique Jérémie Lesuise.


Un comité vraiment tout neuf

Le comité DEIA de l’ACTA est vraiment tout récent.  Sa première rencontre s’est tenue le 24 avril dernier. Trois autres sont déjà prévues d’ici la fin de l’année, soit les 23 mai, 10 octobre et 28 novembre.

Lors de la première rencontre, Wendy Paradis, présidente de l’ACTA, a présenté un état des lieux des initiatives menées jusqu’à présent par l'Association en matière de DEIA.

Parmi les actions déjà en cours : une mise à jour des visuels marketing pour mieux refléter la diversité, la valorisation de journées de sensibilisation sur les réseaux sociaux et le site web, ainsi que l’intégration de contenus DEIA dans les sommets ACTA – notamment grâce à la participation de conférenciers autochtones et de spécialistes en accessibilité.

L’ACTA a également signé l’engagement BlackNorth et propose désormais des formations sur les biais inconscients et d’autres thématiques liées à la DEIA. Ces formations sont accessibles via le campus d’apprentissage en ligne de l'ACTA.

Le nouveau comité DEIA, pour sa part, n’a pas encore lancé de projets concrets. Mais ses membres ont déjà défini une vision claire pour les deux prochaines années.

Parmi les priorités : identifier les obstacles systémiques à l’accessibilité, promouvoir une image plus inclusive du voyage, et valoriser les récits de voyageurs issus de communautés marginalisées.


Comment les conseillers ou les agences peuvent-ils s’impliquer?

« Premièrement, en nous contactant directement », explique Jérémie Lesuise. « Plusieurs agents l’ont déjà fait », précise-t-il.

« Deuxièmement, en agissant au quotidien pour faire bouger les choses, en mettant un peu de pression sur les tours opérateurs et en refusant d’accepter le statu quo. Par exemple, il y a encore trop de circuits non accessibles aux personnes à mobilité réduite, ce qui est inacceptable en 2025 avec les normes d’accessibilité actuelles », poursuit le conseiller en voyages.

« Bien sûr, il y a des situations où on comprend les limites, par exemple dans un pays où l’homosexualité est punie de peine de mort. Ce sont des enjeux très différents, et là, nous n’avons pas le pouvoir de changer ça. Mais lorsqu’il s’agit d’un tour opérateur qui ne veut pas accommoder ou qui ne répond même pas à nos questions, là, c’est inacceptable ! »

« Mon meilleur conseil, c’est donc de s’impliquer au quotidien, chacun à son niveau, pour faire avancer les choses et contribuer à bâtir une industrie du voyage plus équitable et inclusive ! » conclut Jérémie Lesuise.


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