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Mercredi,  14 janvier 2026   18:56
#JeudiRétro : Cuba à 275 $ tout compris

Michel SiristkyUne semaine à Varadero, au Arenas Blancas, en pension complète, incluant la bière midi et soir pour 275 $! C’était en 1970 et Michel Siritsky, alors vice-président du voyagiste Unitours était convaincu qu’il allait faire un tabac… digne des meilleurs havanes, avec ce nouveau programme. Il n’avait pas tort. «Nous avions affrété un DC-9 de 95 places d’Air Canada et dès le début de l’automne, les premiers vols étaient complets», se souvient-il.

Seulement, ce n’était pas le bon automne. Le 5 octobre, le Front de libération du Québec (FLQ) enlevait le diplomate britannique James Richard Cross, marquant le coup d’envoi de ce qu’on a appelé la Crise d’octobre. Après une série de tribulations, au nombre desquelles le décès du ministre Pierre Laporte, l’exhumation de la Loi des mesures de guerre et l’intervention de l’armée, les membres du FLQ qui avaient enlevé le diplomate obtiennent un saufconduit pour Cuba, en échange de la libération de leur otage. Ce sont donc eux qui ont été faire du tourisme subventionné à Cuba plutôt que les quelques centaines de voyageurs qui avaient réservé le forfait d’Unitours. «Dans les circonstances, Air Canada a refusé d’exploiter des vols vers un pays qui donnait asile à des «terroristes» et dénoncé le contrat», explique Michel Siristky.

«Mais vu l’intérêt suscité par cette première tentative, nous avons décidé de remettre ça l’année suivante.»

Cette fois, c’est la machine cubaine qui a grippé. Il faut savoir qu’à l’époque, l’économie de l’île étouffée par le blocus américain dépendait presque totalement du soutien de l’URSS. Les Soviétiques fournissaient le pétrole et quelques autres produits de première nécessité et les Cubains payaient en sucre. Or, cette année-là, ils avaient éprouvé des problèmes et, pour honorer leurs engagements, ils avaient mobilisé les étudiants et une grande partie de la population. Les employés d’hôtels avaient été envoyés dans les champs pour couper de la canne et le programme d’Unitours avait été annulé pour la seconde fois.

Mais Michel Siritsky s’est entêté. «Notre premier vol nolisé pour Cuba a finalement décollé en décembre 1972», dit-il. «Le programme a été un succès phénoménal. Je faisais des présentations dans toute la province et les gens s’inscrivaient sur place.»

Pour 275 $, les consommateurs avaient droit à une chambre au Arenas Blancas (qui n’avait rien à voir, question confort, avec la propriété du même nom exploitée aujourd’hui par le groupe Barcelo). Ils devaient partager la salle-de-bains avec les occupants de la chambre voisine. Mais tout était bien précisé dans la brochure émise pour la circonstance.

«Nous avons eu droit à un certain nombre de cas de Petites Créances, mais, à quelques exceptions près, ils ne portaient pas sur la qualité de l’hébergement ou de la nourriture», se souvient Michel Siristky.

«Nous avions pris grand soin de ne pas accoler de superlatifs à l’hébergement ou à la restauration, même si nous avions d’autres hôtels plus confortables, comme l’International. Nous mettions l’emphase sur la superbe plage de Varadero, sur le climat et l’accueil des Cubains. Les plaintes émanaient pour la plupart de resquilleurs qui essayaient de se faire rembourser leur voyage. Les Cubains nous ont accordé l’exclusivité pendant quatre ans. Mais en 1976, ils ont approché Suntours, qui était alors le plus gros voyagiste du Canada, et d’autres opérateurs se sont mis de la partie. Nous sommes malgré tout parvenus à continuer à remplir les vols. Malheureusement, Unitours a dû fermer ses portes en 1986.»

Les déboires du grossiste n’étaient pas causés par le bureau de Montréal qui fonctionnait très bien, mais par un mauvais investissement. Le siège social était situé à Toronto et les propriétaires ont racheté un grossiste de Vancouver pour orchestrer une expansion dans l’Ouest du pays. Ce qui s’est avéré être une acquisition empoisonnée qui a provoqué la faillite de l’entreprise.

Michel Siristky a «déménagé» chez Exorik Tours, emmenant son programme dans ses bagages. «Mais les Cubains ne m’ont pas pardonné la faillite d’Unitours, dans laquelle je n’avais pourtant rien à voir. Ils ont perdu de l’argent et ne m’ont plus accordé de conditions intéressantes.»

Ce n’était pas la première fois que Michel Siristky, qui plus tard devait devenir copropriétaire et vice-président du voyagiste Exosol, était à l’origine d’un nouveau programme qui a fait fureur.

 «J’ai été le premier employé du Club Med, en 1950, raconte-t-il. L’Espagne venait de s’ouvrir au tourisme et Gérard Blitz, que je connaissais venait de lancer le Club qui, à l’époque se réduisait à un village de tentes dans l’île de Majorque, aux Baléares. Il m’avait embauché comme directeur du marketing et j’avais pondu une affiche où on voyait la mer, une plage et un palmier. Il n’y avait qu’une toute petite inscription : «Au prix du SMIC!», c’est-à-dire du salaire minimum. En Europe, les ouvriers n’avaient pas les moyens de se payer des vacances en avion. Le Club Med a été le premier à ouvrir les destinations méditerranéennes à M. et Mme Tout-le-Monde.»

Bien sûr, c’était avant, bien avant, le virage vers le haut-de-gamme!

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