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Dans les ghâts occidentaux du Kerala
Notre journaliste se trouve actuellement au Kerala, un des États du sud de l’Inde, où il participe, en compagnie d’un groupe d’agents de voyages anglophones, à un voyage de familiarisation organisé par le grossiste et consolidateur Onkar Travels. Il a passé les trois premiers jours du voyage dans les ghâts occidentaux, la chaîne de montagnes qui sépare le Kerala de l’État voisin du Tamil Nadu.
À peine arrivés à Kochi (Cochin pour les Français), après trois heures de vol depuis Delhi, nous nous sommes engagés sur l’interminable cordon de route en lacets qui serpente aux flancs des ghâts occidentaux. Interminable, non pas à cause de la distance (une centaine de kilomètres, tout au plus!), mais du trafic chaotique qui encombre le réseau routier indien, fût-il aussi bien entretenu que celui du Kerala. Et aussi de la sinuosité de la route. Les ghâts occidentaux (le terme «ghât» qui signifie «gradins», en hindi, désigne aussi bien une volée d’escaliers au bord du Gange, que des montagnes!) sont la chaîne de montagnes qui festonne la côte ouest de l’Inde, de la frontière du Gujarat, au nord de Bombay, au cap Comorin, ultime chicot terrestre du sous-continent, 1 600 kilomètres plus bas.
Au Kerala, ils servent de frontière naturelle avec l’État voisin du Tamil Nadu. Au temps du Raj (comme on appelait l’Empire des Inde pendant l’occupation britannique), les fonctionnaires et les colons s’y réfugiaient périodiquement pour échapper aux moiteurs de la plaine côtière écrasée de chaleur.
Perchée à 1600 mètres d’altitude, la petite ville de Munnar, à proximité de laquelle se trouvait notre hôtel, était une de ces «stations climatiques». Tout autour, les ghâts se présentent comme une somptueuse variation en camaïeu sur des tons de vert. C’est qu’ils sont colonisés par des plantations de thé qui ne cèdent la place, çà et là, qu’à quelques boqueteaux d’eucalyptus plantés sur les pentes abruptes pour prévenir l’érosion et, plus rarement, à quelques bouquets de palmiers dégingandés ou de flamboyants.
Ici, la plupart des domaines sont exploités par le conglomérat Tata, principal groupe industriel indien, actif aussi bien dans l’hôtellerie (le Taj Mahal de Bombay) que l’automobile (Tata Motors, également propriétaire de Jaguar et de Land Rover), mais aussi dans l’acier (Tata Steel est le quatrième producteur mondial) et les télécoms (premier fournisseur mondial de matériel de téléphonie). Dans le petit «Tata museum», situé à la sortie de Munnar, on brosse, non seulement un tableau de l’histoire de la production de thé dans la région, mais on dresse également le panégyrique des bienfaits dont les travailleurs des plantations bénéficient depuis que le groupe a racheté les plantations et les manufactures locales. Il subventionne les écoles et les logements des familles de travailleurs. Les cueilleuses, qui sont toutes des femmes parce qu’elles ont les mains plus délicates (les hommes travaillent dans les manufactures), sont payées au poids des feuilles récoltées. «Les plus performantes peuvent cueillir jusqu’à 80 ou 100 kilos par jour, mais la moyenne se situe autour de 45 kilos, ce qui leur rapporte 265 roupies (6 $)», indique notre guide.
Le lendemain de notre arrivée, nous avons passé la matinée dans le parc national d’Eravikulam, qui sert de sanctuaire à quelques troupeaux d’éléphants sauvages, à des tigres et aux tahrs del nilgiris, une variété de chèvres de montagnes qu’on ne trouve que dans cette région. À l’entrée du parc des autobus emmènent les visiteurs à 1 800 mètres d’altitude. De là, un sentier en pente douce permet de grimper un peu plus haut, sur un plateau d’où, indiquent les guides, on peut apercevoir l’Anamudi, qui, situé à la lisière du parc, est le plus haut sommet des ghâts occidentaux (2 695 mètres). Malheureusement, ce jour-là, il se voilait pudiquement sous un niqab de nuages. Nous n’avons aperçu ni éléphants (nous étions trop haut pour cela), ni tigres, mais nous avons croisé des dizaines de chèvres de montagnes qui se baladaient aux abords du chemin, ou se glissaient prestement entre les visiteurs qui tentaient de les caresser malgré les panneaux exhortant: «Aimez les; ne les touchez pas!».
Deux jours plus tard, nous sommes partis pour un autre parc national : la Réserve naturelle de Peryar. À vol d’oiseau, la distance de Munnar à Kumily, la petite ville située à l’entrée de la réserve, n’excède pas 65 kilomètres. Mais notre petit autobus a mis cinq heures à parcourir la distance, car il a fallu franchir plusieurs cols en empruntant une route qui serpente aux flancs de pentes vertigineuses. Le temps a passé vite, cependant, car les paysages de ces montagnes verdoyantes sont époustouflants
C’est obligatoirement en bateau, sur un grand lac qui enfonce ses tentacules dans le corps de ce territoire couvert de forêts de teck, d’acajou et de santal qu’on découvre la réserve. Au cours de la promenade, nous avons pu observer des troupeaux d’éléphants (non pas «un», mais «des»), de bisons indiens, de gaurs (une variété de buffles de l’Asie du Sud) et de sambars (les grand cerfs du Sud de l’Inde et de la Chine), qui venaient s’abreuver sur les rives du lac.
En débarquant, nous sommes revenus à Kumily où nous avons visité «un jardin d’épices», qui est, en fait, une plantation où cohabitent une bonne vingtaine de variétés de plantes dont les fruits, les noix, les bulbes, les graines, voire les fleurs ou les rognures d’écorces assaisonneront et parfumeront des plats qui, sans eux, seraient souvent insipides : cardamone, curcuma, cannelle, cumin, muscade, gingembre, piment, cacao, vanille (qui, ai-je appris et constaté de visu, est une orchidée) et, surtout, le poivre que le guide nous décrit comme «le roi des épices». C’est pour approvisionner l’Europe en poivre (un commerce jusqu’alors monopolisé par les Arabes) qu’au début du XVIe siècle, les Portugais ont installé des comptoirs le long de la côte de Malabar, de Goa à Trivandrum et qu’ils ont construit à Kochi, la métropole du Kerala, un fort qui est devenu le cœur de la ville coloniale.
Grâce au poivre et aux autres épices, mais aussi au caoutchouc et au thé, le secteur agricole constitue l’épine dorsale de l’économie du Kerala (qui est, après le Vietnam, le second producteur mondial de poivre après avoir été longtemps le premier). Mais le tourisme occupe une place de plus en plus importante.
L’auteur de ce reportage était l’invité du voyagiste et consolidateur Onkar Travels (www.onkartravels.com) et de l’Office du tourisme du gouvernement de l’Inde (www.incredibleindia.org).