Complètement folle (2e partie)

Des clients dont les autres agences ne veulent pas
13-12-2011  Par: André Désiront
Sylvie Potvin et sa cliente, Caroline, à Dorval, de retour de Lourdes
Sylvie Potvin, propriétaire de l’agence À vivre dès maintenant ne se contente pas d’emmener des clients en Afrique sans réservation (voir notre reportage d’hier). Depuis quelques mois, elle s’attaque à un créneau de clientèle bien particulier. Le genre de clients qu’aucun spécialiste du marketing ne s’emploierait à fidéliser : les grands malades condamnés par la médecine! «Ce créneau, je l’ai baptisé «Voyagez malgré la maladie» et c’est une sorte de «Rêves d’enfants» pour adultes», dit-elle.

La clientèle cible est celle des grands malades en phase terminale – ou presque – qui veulent faire un dernier (ou parfois un premier) voyage avant de mourir.

«Tout a commencé l’hiver dernier, lorsqu’une de mes clientes, Caroline, m’a appelée», raconte Sylvie Potvin. «Elle était rongée par trois cancers et les médecins ne lui donnaient plus que quelques semaines à vivre. Elle voulait aller à Lourdes avant de mourir, mais cela posait plusieurs problèmes, car elle ne pouvait plus marcher et, bien sûr, aucune compagnie ne voulait l’assurer.»

Sylvie a pris les choses en main et, en mars 2011, elle partait accompagner Caroline pour son avant-dernier voyage. «Je l’ai poussée dans son fauteuil roulant et nous nous sommes bien amusées.»

Caroline est décédée 12 jours après le retour au Québec. C’est cet épisode qui a donné à Sylvie Potvin l’idée de lancer la division Voyagez malgré la maladie. «Des malades entendent parler de nous. Ils nous contactent et nous leur demandons quel voyage ils rêvent de faire avant de mourir. Les agences traditionnelles hésitent à desservir ce type de clientèle, car cela comporte des risques. On ne peut pas réserver les hôtels trop longtemps d'avance, car le client peut mourir avant le départ. »

Il peut aussi décéder une fois parti. «Dans ce cas, je me protège en faisant signer par leur famille une convention rédigée par mon avocat. Si la personne décède en route, il est entendu qu’un membre de la famille préalablement désigné viendra chercher la dépouille pour la rapatrier. Et tout est aux frais des clients.»

Fin novembre, l’agence de Sylvie Potvin concluait une entente de partenariat avec la Fondation Rêver la Vie. Installée à Bromont, dans les Cantons-de-l’Est, cette organisation permet aux grands malades condamner de réaliser un rêve, avant de mourir. Les demandes sont de toutes natures : faire une sortie en deltaplane, rencontrer une vedette qu’on admire, graver un disque de chansons… Et voyager, bien sûr. Car c’est de voyages que rêvent la majorité des gens qui se savent condamnés. L’agence de Sylvie Potvin s’occupera donc de l’organisation des voyages des protégés de la fondation.

Le profit? «Pas grand-chose : je me contente de prendre une marge sur le billet d’avion et de prévoir un petit montant pour les rencontres préparatoires. Nous continuons, mes deux collègues et moi, à desservir la clientèle traditionnelle qui nous suit depuis des années. Nous ne roulons pas sur l’or, mais la plus belle rémunération, ce n’est pas l’argent : c’est tellement gratifiant, ce que nous faisons!»