Cette agente de voyages est (complètement) folle!

Sylvie Potvin et son agence À vive dès maintenant proposent des produits plus que différents
13-12-2011  Par: André Désiront
Sylvie Potvin, propriétaire À vivre dès maintenant
Que penseriez-vous d’une agente de voyages qui emmène délibérément son groupe de clients dans un pays d’Afrique sans réservations? Qui, sur place, les fait loger dans des hôtels «pas d’étoile du tout» et qui les fait voyager dans la savane en taxis-brousse déglingués? Qui prospecte sciemment des clients qui ne reviendront jamais la voir, parce qu’ils mourront à plus ou moins brève échéance? Et qui promet de rembourser ceux qui reviennent de voyage avec le même système de valeurs morales qu’avant le départ? Qu’elle est complètement timbrée, bien sûr! Oui, Sylvie Potvin, propriétaire de l’agence « À vivre dès maintenant », à Québec, est vraiment folle. Et fière de l’être!

Ce n’est pas la première fois que je lui consacre un article. Voici quatre ans, je l’avais baptisée «La colporteuse de crayon». Elle travaillait alors pour Uniglobe Voyages Lachance, à Québec. Quelques mois plus tôt, elle avait participé à un éducotour au Niger et en était revenue bouleversée par l’accueil et la générosité de ces gens – les Nigériens – si pauvres. De retour au Québec, elle a entrepris de récolter 6000 stylos et crayons pour aller les distribuer là-bas dans les écoles de brousse qui en manquent cruellement. Elle est repartie en janvier 2007, lestée de 60 kilos de stylos pour faire la tournée des écoles. À ses frais. Depuis, elle est retournée une douzaine de fois distribuer des stylos et des cahiers, tantôt au Niger, tantôt au Mali, au Burkina Faso, au Togo, au Sénégal ou au Bénin. Bref, dans cette région qu’elle considère comme sa seconde patrie, l’Afrique de l’Ouest.

En mai dernier, elle lançait sa propre agence, près des Galeries de la Capitale, à Québec, sous le nom plutôt inusité de «À vivre dès maintenant». «Je voulais offrir un autre type de voyages à la population», explique-t-elle. «Et je ne pouvais plus travailler pour une agence de voyages «normale», car une entreprise traditionnelle hésite à endosser le type de circuits que je veux vendre, ne fût-ce qu’à cause des problèmes juridiques auxquels elle s’expose.»

Sylvie est encadrée par ses deux collègues, Sébastien Charlebois et Sonia Bédard

Deux de ses anciens collègues chez Uniglobe Voyages Lachance, Sébastien Charlebois et Sonia Bédard, sont bien vite venus se joindre à elle. Comme elle, ce sont des idéalistes.

En fait, les voyages que les trois compères commercialisent sont des «petites missions humanitaires», comme Sylvie Potvin aime les qualifier. Elle emmène des groupes distribuer des stylos, des cahiers et des brosses à dents dans les écoles de brousse. Le 25 janvier, elle partira pour le Sénégal en compagnie de dix personnes. Coût du voyage : 1 849$ incluant le billet d’avion et… c’est tout. À charge pour les voyageurs de défrayer eux-mêmes les hôtels où ils coucheront et les repas qu’ils prendront sur place! Tout comme les transports d’ailleurs. «Mais nous ne partons pas tout à fait à l’aventure, car je connais bien les pays où j’emmène les clients», dit Sylvie Potvin. «Il faut dire que le prix inclut également trois rencontres de préparation. Je veux m’assurer qu’ils achètent le voyage en toute connaissance de cause.»

Elle emmènera donc son groupe à Dakar, où ils prendront un autobus local pour se rendre à Saint-Louis, dans le delta du fleuve Sénégal. «De là, nous redescendrons vers Dakar en prenant des taxis collectifs et en nous arrêtant dans des villages, au hasard, pour distribuer notre matériel dans les écoles», explique-t-elle.

Le 29 février, elle repartira accompagner un autre groupe au Mali. Chaque départ est précédé de trois rencontres, au cours desquelles les clients potentiels découvrent qu’ils logeront dans des petits hôtels dépourvus du confort auquel sont habitués les nantis que nous sommes. Qu’ils mangeront (en payant eux-mêmes leurs repas) dans des gargotes de rue ou sur le pouce. «En fait, nous consommons beaucoup de boîtes de thon et de Nutribar», remarque Sylvie Potvin. «Les prestations sur place ne leur coûteront pas très cher : environ 400 $ par personne pour deux semaines. En fait, je ne vends pas un voyage, mais plutôt une expérience humanitaire. Je leur fournis la chance de découvrir un peuple qui a de grandes leçons de vie à nous donner. Et je garantis le remboursement si les valeurs qui les animent n’ont pas été bouleversées lorsqu’ils reviennent.»

La suite demain : Des clients dont les autres agences ne veulent pas.