Ne touchez pas au FICAV !

10-04-2015 11:52
Par: André Désiront

Joane Tétreault, président de l’ATOQ (Association des tour-opérateurs du Québec)«Non : nous disons NON!», lance Joane Tétreault, président de l’ATOQ (Association des tour-opérateurs du Québec).

«Il faut respecter le principe qui a motivé la création du FICAV : cet argent-là est collecté pour assurer la protection des consommateurs et non pour financer d’autres activités aussi louables soient-elles!»

 L’ATOQ a réagi par voie de communiqué à la suggestion du REMI (le Regroupement des Évènements Majeurs Internationaux), qui préconise d’utiliser une partie des surplus accumulés dans le FICAV pour mieux financer les festivals et manifestations susceptibles d’attirer un grand nombre de touristes étrangers.

Il y a effectivement beaucoup d’argent accumulé dans le Fonds : 115 millions $ en juin dernier. Selon la présidente de l’ATOQ, s’il y a des excédents, c’est essentiellement parce que le FICAV ne joue pas son rôle. En cas de faillite ou de fermeture d’agence ou de grossiste, les fiduciaires de l’Office de la protection du consommateur (OPC) incitent d’abord les consommateurs à s’adresser à leur compagnie de cartes de crédit qui garantissent le remboursement, lorsque le service n’a pas été rendu.

Cette démarche est une des premières recommandations figurant dans les communiqués émis par l’Office, lorsqu’une entreprise de l’industrie ferme ses portes. Et les consommateurs suivent le conseil, puisqu’ils sont remboursés beaucoup plus rapidement par les cartes de crédit que par le Fonds.

«Chez Skylink, 88% de nos dossiers sont réglés par cartes de crédit», constate Joane Tétreault, qui est aussi présidente de ce consolidateur. «On estime que c’est le cas pour 85% de tous les voyages vendus au Québec. On peut donc présumer que, dans plus de 80% des cas, les réclamations sont remboursées par les compagnies de cartes de crédit. Y aurait-il vraiment des excédents, si le FICAV assumait l’ensemble des remboursements comme ce devrait être le cas?»

Le consommateur paie deux fois!

Or, les compagnies de cartes de crédit refilent la facture aux grossistes et, indirectement, aux consommateurs.

«Parce qu’à cause de cette pratique, elles considèrent l’industrie du voyage comme plus vulnérable que d’autres secteur d’activités, les compagnies de cartes de crédit exigent de notre part des garanties plus élevées et nous imposent des taux de marchands plus lourds», poursuit Joane Tétreault. «Nous devons tenir compte de ces facteurs, quand nous calculons nos coûts et les répercuter sur nos prix. Avec pour résultat que les consommateurs paient deux fois la protection qui les prémunit contre les défaillances d’une agence de voyage ou d’un tour opérateur : une fois en contribuant au FICAV et une autre fois en défrayant le supplément inclus dans nos prix pour amortir les frais supplémentaires que nous imposent les compagnies de cartes de crédit.»

L’Office administre les fonds amassés dans le FICAV comme s’il s’agissait de son argent propre et, selon la présidente de l’ATOQ, il n’y a pas de volonté politique qui obligerait les fiduciaires du Fonds à lui faire jouer pleinement le rôle pour lequel il a été créé : rembourser les consommateurs en cas de défaillance d’un fournisseur.

«Il faut régler la subrogation, en faisant en sorte que l’OPC rembourse les compagnies de cartes de crédit qui auront dédommagé les clients et, si on accumule malgré tout des surplus dans le Fonds, il faut donner un congé de cotisations aux consommateurs.»