Le FICAV et les fraudes, principales préoccupations de l’ATOQ

18-06-2015 14:10
Par: André Désiront

Le fonctionnement du FICAV et la multiplication des fraudes demeurent les principaux sujets de préoccupation des membres de l’Association des tours opérateurs du Québec (l’ATOQ), qui tenait hier son assemblée générale annuelle.

À cette occasion, Guy Marchand, de Vacances Air Canada, et Rose Salkova, directrice des finances du Club Med, ont été cooptés au conseil d’administration de l’association, qui est présidé par Joane Tétreault, présidente de Skylink. Les autres membres du conseil, qui restent en poste, sont Claude St-Pierre, président de Tours Chanteclerc, Bernard Bussières, vice-président aux affaires juridiques de Transat, et Éric Johnston, vice-président exécutif d’Alio.

Carole Lebrun,  directrice générale de l'ATOQ«Les deux dossiers qui nous tiennent le plus à cœur sont les questions relatives au Fonds d’indemnisation des clients des agents de voyages – le FICAV – qui n’assume pas pleinement le rôle pour lequel il a été créé et les fraudes qui affectent toutes les grandes entreprises de l’industrie», expliquait Joane Tétreault, pendant le point de presse qui a précédé l’assemblée générale. «L’embauche de Carole Lebrun, à titre de directrice générale, nous a permis d’avancer plus rapidement dans ces deux dossiers, car Carole connaît très bien l’industrie, ce qui lui permet de saisir très rapidement les enjeux.»

Rappelons que Carole Lebrun a occupé des postes de direction chez Intair, Vacances Air Canada, Skylink et Vélo-Québec.

Les nouveaux types de fraude

«Il y a de nouveaux types de fraudes et les fraudeurs raffinent leurs méthodes, poursuivait Joane Tétreault. Le problème, c’est que les voyagistes travaillaient en vase clos. Ils constituent des équipes qui tentent d’endiguer le problème, mais jusqu’à il y a peu, ils n’échangeaient pas les données et les informations qu’ils colligeaient.»

La séance d’information sur la question de la fraude, que l’ATOQ a organisée l’an dernier, a suscité beaucoup d’intérêt. L’association a lancé un nouveau site Web qui comprendra une section dédiée à la question. Elle ne sera accessible qu’aux membres, qui pourront y échanger des informations et contribuer à alimenter une banque de données portant sur les fraudeurs et le type de demandes dont il faut se méfier.

«Dans l’industrie du voyage, nous faisons face à des réseaux de fraudeurs organisés qui modifient leurs modes de fonctionnement pour déjouer la vigilance des équipes de surveillance constituées par les voyagistes», révélait Joane Tétreault.

Ainsi, auparavant, la plupart des billets achetés avec des cartes de crédit clonées portaient toujours sur des départs à dates très rapprochées, de manière à ce que le voyage ait lieu avant que le détenteur de la véritable carte ne signale la fraude. Ce qui avait amené les consolidateurs à effectuer systématiquement des vérifications pour toutes les ventes de dernière minute. Les fraudeurs contournent maintenant le problème en achetant des billets pour des départs à des dates plus éloignées, ce qui permet à la transaction de passer sous le radar des vérificateurs. Et quelques jours plus tard, ils demandent de modifier le départ pour une date plus rapprochée.

Comme une grande partie des fraudes impliquaient des destinations africaines, les fraudeurs «décomposent» les itinéraires. «La destination qui revenait le plus souvent était Kinshasa et nous avions commencé à vérifier systématiquement la validité des cartes de crédit dans le cas de demandes pour cette destination», indiquait Joane Tétreault. «Maintenant, les fraudeurs achètent des billets pour Londres et là-bas, ils font émettre un autre billet de Londres à Kinshasa. En moyenne, ces billets coûtent 1000 $. Pour rattraper une telle perte, nous devons en vendre, des billets d’avions!»

Carole Lebrun remarquait pour sa part que Vacances Air Canada, Transat, Sunwing et Vacances WestJet entretenaient tous un département des fraudes. «Ils travaillent à mettre en place des pare-feu et nous voulons encadrer un protocole d’échange de pratiques et d’informations», observait-elle.

«Nous avons des contacts avec une organisation de Londres, qui travaille sur la question depuis 10 ans. La police nous a clairement fait savoir que c’était à nous de nous organiser, car eux n’ont pas les ressources nécessaires.»

La question du FICAV et des cartes de crédit

Bernard Bussières, vice-président aux affaires juridiques de TransatQuant à la question du FICAV, on se souviendra qu’en avril dernier, le REMI (le Regroupement des Évènements Majeurs Internationaux, qui fédère notamment le Festival de Jazz, Juste pour rire, le Festival westerne de St-Tite, etc…) a suscité des remous en préconisant d’utiliser les surplus de Fonds pour promouvoir la destination «Québec» à l’étranger. Les sommes accumulées dans le fonds se chiffraient à 125,5 millions $, le 31 janvier dernier. «Et tant qu’il y aura des surplus de cette ampleur, les gouvernements seront tentés d’y avoir recours pour éponger le déficit budgétaire ou financer une autre activité jugée prioritaire», faisait remarquer Bernard Bussières, vice-président affaires juridiques de Transat et administrateur de l’ATOQ. «Il faut que le FICAV serve à ce pourquoi il a été créé, c’est-à-dire à rembourser les consommateurs lésés par la défaillance d’un grossiste ou d’une agence de voyages.»

Or, depuis sa création, les administrateurs du fonds conseillent aux clients qui réclament le remboursement de prestations non fournies de s’adresser à leurs compagnies de cartes de crédit. Celles-ci remboursement plus rapidement que le fonds (en rétro- facturant – c’est-à-dire en créditant le compte – le mois suivant la réclamation), alors que si le remboursement est effectués par l’OPC, les délais s’étirent de six mois à un an.

Pour compenser, les compagnies comme Moneris, Optimal, Global et autres, qui servent d’intermédiaires entre les banques émettrices et les commerçants, exigent des garanties parfois exorbitantes (dans le cas de grands t.o., cela peut se traduire par des millions, voire des dizaine de millions de dollars) et imposent aux entreprises de voyages des taux plus élevés que pour d’autres types de commerce : on parle de 2% à 2,5% du montant de la transaction, comparativement à 1,2% ou 1,3% habituellement.

«Cela affecte nos fonds de roulement, alors que le FICAV a été créé pour rembourser automatiquement les consommateurs lésés, ce qu’il ne fait pas», déplore Bernard Bussières. «Nous pensons que les compagnies de cartes de crédit, qui ont remboursé les clients, devraient pouvoir réclamer ces sommes au FICAV et nous voulons qu’elles cessent de nous demander de fournir des garanties pour couvrir des faillites ou des défaillances qui sont, censément déjà couvertes pour le fonds.»

Les dirigeants de l’ATOQ dialoguent à ce sujet avec ceux de l’OPC et avec le ministère du Tourisme. «Et nous sentons qu’il y a maintenant une volonté de régler le problème, du côté des responsables du fonds», notait Bernard Bussières.

L’ATOQ compte une quinzaine de membres, parmi lesquels tours les grands grossistes sont représentés. «En terme de chiffre d’affaires, nous représentons plus de 80% de l’industrie», constatait Claude St-Pierre, de Tours Chanteclerc, administrateur et ancien président de l’association.

Le nouveau site Web est désormais logé à l’adresse www.atoq.ca (l’ancienne adresse était www.atoqweb.com).